Luc Ferry – 22 janvier 2015

L’encre du prix 2014 n’est pas encore sèche qu’il faut reprendre la lourde tâche qui est la nôtre. La trêve des confiseurs à peine achevée, un bien triste actualité a propulsé l’École sous les feux de la rampe, responsable qu’elle est, comme nous le savons tous, de la bêtise humaine, de la haine et de la violence. Le mois de janvier sera donc encore une fois fécond pour notre comité.

Source : Wikipédia

Source : Wikipédia

Le mérite de la première nomination de l’année 2015 revient donc à Luc Ferry, écrivain, ex-philosophe et ex-ministre de l’Éducation Nationale, pour une interview donnée au journal Le Point et publiée le 22 janvier. Il y évoque les cours d’éducation civique, « complètement débiles « 

Répondant au journaliste qui, confondant laïcité et catholicisme lui demandait ce qu’il pensait des modules de formation sur la laïcité (en commençant sa question d’une façon – même pas – équivoque par « Autre credo, la laïcité. »), le lointain petit cousin de Jules répondait sans ambages :

Arrêtez ! Pitié ! Ce ne sont pas les enseignants qu’il faut former, ce sont les élèves qu’il faut former ! Si les enseignants ne savent pas ce que c’est que la laïcité, c’est qu’ils ont raté leur concours !

Comme quoi à force d’oublier d’aller assurer les cours qu’on est sensé dispenser, on en oublie ce qu’est l’acte d’enseignement….

Bienvenue à lui parmi les futurs candidats au trophée 2015 !

Le Prix Thubal Holoferne 2014 a été décerné à …..

Vous avez été très nombreux à voter, même s’il était bien difficile de choisir…

Voici donc les résultats tant attendus !

Tout d’abord, afin de ne pas les accabler, nous jetterons un voile pudique sur les noms des candidats n’ayant pas atteint le score de 5% des suffrages exprimés. Qu’ils ne désespèrent pas, en matière d’erreur sur l’éducation, il est toujours possible de faire pire et l’année 2015 sera peut être leur année.

Une mention spéciale du comité sera décernée à madame Natacha Polony, parce que seule femme ayant eu le courage de se présenter devant notre jury. Oui, c’est du favoritisme. Et alors ? Nous espérons qu’elle inspirera de nouvelles épigones* en 2015 ou qu’elle saura mériter mieux que cette pauvre 5e place (7.77 % des suffrages exprimés) l’année prochaine.

Nous sommes sincèrement peinés pour cet échec au pied du podium (en 4e position, dite aussi « la position du couillon » avec  9.84% des voix) qui frappe de plein fouet monsieur Alain Finkielkraut. Il n’a pourtant pas démérité et le jury promet d’écouter chaque semaine* son émission radiophonique afin de ne rien rater des propos du grand homme.

10.36% des voix se sont portées sur Michel Onfray, qui devance d’un poil de … d’un poil quoi, son collègue philosophe. Cela nous promet une belle bagarre l’année prochaine entre l’élève de Heidegger et l’ancien professeur de Sainte Ursule.

Les deux premières places ont été fort disputées pendant la première semaine de vote, mais Antoine Compagnon, avec 20.73% des voix, rate finalement la première marche du podium. Il gagne cependant une image dédicacée par le jury pour son engagement auprès de la cause féministe.

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Il est candidat à tout, il ne pouvait donc pas rater sa nomination au prix Thubal Holoferne, qui fut faite in extremis. Vous avez été nombreux à voter pour lui (33.16%), certains pour la toute première (et dernière) fois. Le comité soupçonne d’ailleurs que c’est en partie une des raisons qui lui ont valu vos suffrages.

C’est donc avec une joie non dissimulée que nous allons adresser rue de Vaugirard, le Prix Thubal Holoferne 2014 qui a été attribué sans conteste à monsieur Nicolas Sarkozy.
Ce diplôme, dont nous ne doutons pas qu’il ornera bientôt les murs de son bureau, sera accompagné d’une licence pour le logiciel EDT. Grâce au nouveau président de l’UMP, les membres du comité bénéficieront dès la rentrée de septembre 2015 d’emplois du temps merveilleux qui leur permettront de partir en week-end dès le mardi soir.

Je sais c’est dur pour les autres, mais c’est quand même mérité non ?

thubalholoferne2014

À l’année prochaine !

* Eh oui, y’a pas que les agrégées de lettres qui ont du vocabulaire 🙂
** Sauf les semaines où il y a cours de poney.

 

 

Votez pour le Prix Thubal Holoferne 2014 !

Nous voici donc à la fin d’une année flamboyante concernant l’erreur dans le domaine de l’éducation.

Les candidats se sont littéralement bousculés jusqu’au dernier moment afin de participer et d’avoir la chance d’être, peut-être, l’élu de cette année 2014. Les femmes se sont beaucoup moins bousculées, il faut le dire. Sans nul doute un effet de leur réserve et de leur discrétion naturelle.

Comme vous le savez, c’est grâce à vos votes que ce prix sera décerné et que le récipiendaire se verra adresser un diplôme certifiant de son engagement pour la cause de l’erreur en matière éducative.

Il y a finalement 17 nominés pour ce prix.
Comme vous le savez, car vous avez attentivement lu le règlement (ou pas), la liste aurait été beaucoup plus longue si nous n’avions pas d’emblée exclus les acteurs du monde éducatif.
Vous constaterez peut être également quelques « grands absents », mais ils ont promis de faire tout leur possible pour être nominés l’année prochaine.

En attendant c’est à vous de jouer !
N.B. : Le vote est ouvert du 15 décembre 00:01 au 31 décembre à 23:59 h

Nicolas Sarkozy – 14 décembre 2014

C’est son discours de Bordeaux du 22 novembre dernier qui vaut à l’ex-président de la République Nicolas Sarkozy sa nomination in extremis.

Nicolas Sarkozy
Source : Wikipédia

Cet extrait a été repris de nombreuses fois par les médias, mais ce n’est pas une raison pour priver un candidat méritant d’une nomination bien gagnée.

« Avec dix-huit heures de service, les enseignants, et je peux le comprendre, bloquent l’ensemble de leurs heures sur deux jours. Et quand les enfants sortent de classe, il n’y a plus un adulte dans nos collèges et lycées »

Nous savons tous que les enseignants enseignent 9h par jour pendant deux jours puis partent en long week-end en Corse.

Laurent Wauquiez – 15 novembre 2014

Cette nomination a été largement débattue au sein du comité de nomination au Prix Thibal Holoferne, qui a finalement décidé de la rendre effective.

Source : Wikipédia by Alesclar

Elle se fonde sur les twitts publiés par ceux qui ont assisté cette semaine à une conférence(?) que donnait le député de Haute-Loire au siège de l’UNI, à Boulogne. Il s’agit donc de propos rapportés par des sources non confirmées mais nous faisons confiance à nos lecteurs pour séparer le bon grain de l’ivraie.
Nous vous laissons donc déduire de ces propos la haute connaissance que cet élu de la République a des réalités actuelles de l’école. Vous pourrez facilement imaginer également de quelle école il rêve pour les années à venir.

–  » On a gommé tout ce qui faisait la fierté d’être français dans les livres d’histoire.  »
–  » Nos programmes scolaires sont uniquement dans l’auto-flagellation.  »
–  » On a ruiné l’éducation nationale.  »
–  » On a banni l’apprentissage par coeur, erreur !  »
–  » Le problème majeur de la France c’est l’éducation en primaire. Nos statistiques sont équivalentes à celles du.. Mexique. »
–  » Il faut retrouver une école qui s’appuie sur la méritocratie et la récompense de l’effort  »
–  » Vous avez des profs qui ont eu 2/20 à l’épreuve d’orthographe. »

La sur-représentation du « On » dans ses phrases laisse tout de même rêveur, de même que la haute estime dans laquelle il tient nos collègues Mexicains. Et nous n’oserions pas l’accabler en lui demandant où il a bien pu aller dénicher une épreuve d’orthographe dans les concours de recrutement des enseignants…..

Un futur ministre de l’éducation en puissance !
En tout les cas quelqu’un qui sait bien adapter son discours à son public.

Stéphane Bern – 11 novembre 2014

En ce jour, 96e anniversaire de l’armistice de 1918, je ne pouvais pas éviter la nomination du plus célèbre « Tintin » de l’Histoire de France.

Stéphane_Bern_-_Foire_du_Livre_de_Bruxelles_2011_-_01Source : Wikipédia By M0tty

Hé oui, Stéphane Bern, champion toute catégorie des émissions de soi-disant vulgarisation historique, celle qui regarde par les trous de serrures et, ne voyant qu’une partie des choses, romance le reste ; celui qui malgré tous ses efforts (et les supports médiatiques qu’on lui connaît) n’arrive pas à la cheville d’une Arlette Farge* ou d’un Romain Bertrand** pour ce qui est de rendre l’histoire passionnante et accessible à tous.

Bref, le gendre préféré de votre Tata Marcelle parle aussi de l’école. Et lui aussi n’y connaît rien. Mais c’est pas grave. Il en parle et personne ne le contredit, tant la violence des discours sur l’histoire enseignée (qui ne le serait plus) est devenue une sorte de vulgate.

Cependant, je tiens à conseiller à monsieur Bern la lecture attentive des programmes du collège, disponibles sur le site Eduscol***, afin de lui éviter à l’avenir de se ridiculiser en disant n’importe quoi****.

Dans un article du Figaro daté du 17 octobre dernier, il donnait les raisons du succès de ses émissions historiques sur France 2 :

C’est le naufrage de l’Éducation Nationale dans l’enseignement de l’Histoire. Les professeurs font un travail remarquable, mais ils font ce qu’ils peuvent avec ce qu’on leur donne. Un élève de troisième a par exemple à son programme: «L’Histoire, de l’Antiquité à nos jours». C’est impossible à faire…

C’est faux bien-sûr mais plus c’est gros plus ça passe.

Dans un autre article du Figaro, daté celui là du 3 novembre dernier (et non disponible en ligne), Stéphane Bern clame sa fierté de populariser l’histoire et affirme être conscient de réussir là où l’enseignement échoue :

« Je m’intéresse aux passions humaines. Je suis loin des programmes scolaires qui sont fossilisés. Depuis mai 1968, il n’y en a plus que pour l’histoire des idées à l’Éducation Nationale. Les programmes se sont affranchis de la chronologie ainsi que des grands personnages historiques. Il existe une volonté idéologique de casser le roman national. On nous a enlevé le souffle de l’épopée.« 

Une nomination bien méritée !

—-

* Si « L’Enfant dans la ville » ne vous jette pas à pieds joints dans l’Histoire, et si vous n’y trouvez pas de passions, je rends mon tablier !
** Je vous recommande chaudement « L’histoire à parts égales« , un pavé d’histoire à lire au coin d’une cheminée, pour voyager pendant l’automne.
*** Les programmes d’histoire du collège sur le site Éduscol
**** : Tout le monde ne s’appelle pas Rémi Gaillard

Michel Onfray – 29 octobre 2014

Dans les grands attendus de cette année de hautes envolées éducatives, il aurait été impardonnable de ne pas voir apparaître le nom de Michel Onfray, philosophe nietzschéen et depuis quelques temps coqueluche des médias.

Michel_Onfray_-_Theatre_rond_point_-_2010-05-20
Source : Wikipédia – By Perline.

Sa nomination méritée trouve sa source dans une interview donnée à Patrick Cohen (France-Inter) en septembre dernier et disponible sur Dailymotion.
Vous y apprendrez qu’on n’apprends plus à lire à l’école et que les profs ont peur des élèves. Tellement peur qu’ils ne leur mettent plus de notes. Devant tant de lucidité, on ne peut que s’incliner.
Je vous laisse savourer l’intégralité de ses propos.

Michel Onfray – Je pense qu’on peut, surtout quand on est de gauche,  faire un droit d’inventaire de ce qui s’est passé ou de ce qui ne s’est pas passé dans les années soixante dix, notamment avec la responsabilité des philosophes les René Schérer, les Deleuze, les Foucault, Vincennes (l’université de – ndlr), etc. La disparition des notes, la disparition des copies, la disparition des profs (les élèves pouvant devenir prof), etc, etc. On peut faire une critique de ces choses-là surtout quand on est de gauche.
Moi je suis le fils d’un ouvrier agricole et d’une femme de ménage. L’École m’a permis de m’en sortir. L’École républicaine, parce qu’on apprenait à lire, à écrire, à compter et à penser dans l’école républicaine. Ce n’est plus le cas. C’est-à-dire que le gamin d’aujourd’hui, qui est fils d’ouvrier agricole et de femme de ménage, il ne s’en sortira pas avec avec l’école comme elle fonctionne. Parce que c’est une école qui a décidé qu’il était réactionnaire apprendre à lire, à écrire, à compter, etc.

Et on nous dit : il faut maintenant apprendre à trier ses ordures, il faut apprendre à être un éco-citoyen responsable, il faut apprendre la théorie du genre, il faut apprendre à être programmateur informatique.
Patrick Cohen – « L’apprentissage, écrivez vous, exige des vertus perdues :  la modestie, la patience, la constance, la persévérance ». L’École doit aussi transmettre ces valeurs-là, pensez-vous ?
Michel Onfray – Il faudrait que ce soit dit, et surtout à gauche. Je pense qu’il y a eu en effet une inversion des valeurs. Nietzsche disait d’ailleurs qu’il fallait protéger les forts des faibles. Il y a eu une espèce d’inversion avec mai 68 qui faisait que les élèves avaient peur des profs et aujourd’hui ce sont les profs qui ont peur des élève. Il y a simplement une espèce de moment délirant où on arrive à ne plus pouvoir noter parce que noter c’est fasciste. Et on sait très bien que de toute façon, si la discrimination ne se fait pas avec le talent, le mérite Républicain, ça se fera avec le piston. Tout le monde aura des diplômes, mais pas tout le monde aura un poste (sic – ndlr). N’auront de postes que les gens qui seront pistonnés par papa et maman. C’est à dire que d’une part on refuse la sélection, d’autre part, en refusant cette sélection qui serait républicaine, on permet une sélection qui est celle du piston et des copains et des coquins. Et on augmente les inégalités et on fait de telle sorte que les pauvres et fils de pauvres resteront pauvres et fils de pauvres.